Mercredi 27 août 2008


 

 (affiche du local du Secours Catholique de Calais, personnalisée par des messages des clandestins)

Bonjour à tous!

C’est sur cette dernière sortie à La Rochelle que s’achève, au moins provisoirement, ce blog. 

Il est déjà temps pour moi de poursuivre ma formation d’assistante sociale à Lyon, avec en perspective près de six mois de stage en hôpital, pour l’accompagnement des patients atteints du VIH. Encore de belles heures à vivre, dans un contexte assez différent!

 Je n’ai malheureusement pas eu le temps de tout vous dire de mon grand tour, et notamment de ma journée passée avec les clandestins de Calais qui attendent de pouvoir passer en Angleterre.

 (de jeunes hommes dans un squatt de Calais chauffent du savon sur un feu de fortune)

Que les personnes qui m’ont accordé du temps et que je n’ai pas honorées dans ce blog ne m’en tiennent pas rigueur, elles sont gravées dans ma mémoire!

Quelques pages de ”retour sur le tour”  vont être envoyées à Pèlerin d’ici peu, j’espère vous en faire part sous une forme ou une autre par la suite.

Je tiens à remercier chaleureusement tous ceux, connus et surtout inconnus, qui m’ont soutenue par leurs commentaires. C’est important de se savoir lue, d’autant que l’objectif principal de mon voyage était de faire connaître autant que de découvrir. Objectif atteint, je l’espère!

Un grand merci à Pèlerin qui m’a permis de réaliser ce tour et d’en parler ici-même.

Pour moi, et pour nous tous, que le voyage en France continue!

 

 Véronique

 

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Jeudi 21 août 2008


C’est par un samedi ensoleillé que quelques soeurs Xavières, Maël (un jeune Rochelais) et moi-même décidons de partir en balade avec quelques enfants du voisinage.

 Avec un taux de chômage frisant les 50 pour cent dans certaines parties de Mireuil, de gros problèmes d’analphabétisme des adultes et une population souvent issue du quart monde, le quartier a sa part de difficultés qui déteint sans nul doute sur les enfants.

 L’idée de leur proposer quelque chose trottait depuis longtemps dans la tête de Béatrice, soeur Xavière qui vit à Mireuil et connait quelques familles. Même si la mer est toute proche, elle sait que certains enfants sortent très peu du quartier, à l’image des deux petites dernières d’une fratrie de dix enfants que nous voyons toute la journée dehors en train de faire du vélo et de se chamailler.

Nous décidons donc quelques jours avant samedi de coller des affiches dans les cages d’escaliers de notre rue et de proposer une sortie pique-nique. Comme les Xavières sont bien connues dans le quartier, et que certaines familles nous ont déjà dit oui oralement pour une sortie, nous ne craignons pas le flop.

Le matin même, nous ne savons pourtant pas précisément combien d’enfants seront intéressés et allons au point de rendez-vous avec toutes les hypothèses en tête (”si ça se trouve, on va se retrouver avec trente gamins” ou alors “oh, ils seront une dizaine à tout casser”)….

Nous constatons avec surprise que les parents sont déjà là avant l’heure, tenant les petits sacs à dos de leur bambins, comme prêts eux aussi à partir. On les sent contents et sérieux dans la préparation des affaires de chacun, n’oubliant pas la crème solaire, le goûter, les deux paires de chaussures…

Et nous voilà finalement en route avec huit enfants et 5 accompagnateurs (3 Xavières, Maël et moi); bref, un encadrement de luxe! 

Nous mettons le cap sur le grand parc du centre ville, où nous nous arrêterons pour jouer et pique-niquer, mais aussi pour regarder les animaux. Après quelques jeux indémodables (foot, le facteur n’est pas passé, 1,2,3 soleil), il est dur d’attendre midi pour commencer à déballer les sandwiches. Mis à part une petite fille qui n’a pour repas que des paquets de chips, une boisson gazeuse et des petits gâteaux, les autres ont un panier plutôt varié même si tous les sandwiches ont été achetés.

L’escale chez les animaux réveille les talents de certains: c’est à celui qui imitera le mieux le cri strident du paon, parviendra le plus longtemps à caresser les petits chevreaux, ou à soutenir l’odeur d’un vieux bouc aux poils crasseux…. Nous parvenons dificilement à détacher les enfants des cages tant ils sont fascinés par les animaux. Heureusement, nous avons une arme invincible: LA PLAGE!!

“Est-ce qu’on va se baigner?

-Non, on ne peut pas.

-Allez, s’il te plaît!!

-Non, non.

-Mais pourquoi on ne va pas se baigner??”

Pas facile de faire entendre aux enfants que nous n’avons ni le temps ni l’autorisation pour leur baignade! Heureusement, ils n’insistent pas trop. Nous parvenons à la plage juste à la sortie du parc. Le temps de poser les sacs et nous voilà à courir sur le sable chaud et à mettre les pieds dans l’eau. Si certains garçons font les fiers et préfèrent jouer au foot sur le sable, les petites filles ne peuvent retenir leur excitation et leur joie d’être mouillées par des vagues plus hautes que prévu. Un bonheur tout simple, des rires, des éclaboussures, sous l’oeil amusé de certains touristes qui semblent comprendre que ces enfants ne viennent pas ici tous les jours.

Mais c’est déjà l’heure de rentrer et nous avons encore pas mal de marche jusqu’à Mireuil. Le temps d’attraper en chemin un lézard, de faire une pause goûter, de ramener une petite qui refuse finalement de marcher, de réconcilier une bagarre de dernière minute, et notre sortie avec les enfants est déjà terminée.

Pour moi qui n’ai jamais fait d’animation ni encadré de sorties avec d’aussi jeunes gens, c’était un peu le baptême du feu. Mais j’ai fait l’expérience que ces enfants là sont facilement contents, et qu’ils n’ont pas besoin que je me casse la tête pour trouver de quoi s’amuser.

Les jours suivants, je sens bien que cette sortie nous a rapproché de ces enfants, pour certains si farouches, et que de vraies relations de confiance pourraient se tisser si d’autres sorties étaient prévues. 

Le mot est lancé pour l’année prochaine!

 

 

 

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Lundi 18 août 2008


Le suspense arrive à son terme, avec une dernière étape très agréable: me voilà parvenue dans la “belle et rebelle” ville de La Rochelle!

Des banlieues à La Rochelle? Evidemment, comme partout, mais d’une ampleur bien moindre, et dans un cadre de vie tout à fait décent.

La Rochelle, pour ceux qui ne connaissent pas, est une très jolie ville , avec de nombreux hôtels particuliers, des rues sillonnant sous les arcades, un port somptueusement éclairé la nuit, des plages de sable fin… En ce mois d’août, les touristes s’en donnent à coeur joie, parcourent à vélo les nombreux espaces verts et ruelles de la ville, font un saut à l’Ile de Ré, visitent les musées et le très fameux aquarium rochelais….

 

Pour les habitants du quartier de Mireuil, une dizaine de milliers, le programme estival n’est pas aussi varié. Ceux qui n’ont pu partir en vacances travaillent ou restent chez eux. Pour les enfants, des activités sont proposées par le Centre Social et le Centre de Loisir, mais elles s’arrêtent ou ralentissent fortement à la mi août.

Une initiative de partenariat mérite d’être soulignée: l’existence du “JBUS”, un autocar réaménagé en lieu d’accueil pour les jeunes, qui déambule à Mireuil pour informer des activités proposées par les différentes structures sociales tout au long de l’année.

(ci contre l’intérieur du bus aménagé pour petits et grands)

L’idée de faire travailler ensemble différentes structures autour d’un même projet n’a pas été simple à mettre en oeuvre au dire de ceux qui ont mené le projet, et les tiraillements des débuts n’ont jamais vraiment cessé. Pourtant, la visibilité des structures sociales est un vrai problème ici, à Mireuil. J’ai moi-même eu du mal à distinguer ce que font les uns et les autres et surtout à repérer les lieux d’accueil de chaque structure. Pour les gens du quartier qui ne sont pas très au fait de ce que peut proposer un centre social ou un centre culturel, c’est encore pire. D’où une faible fréquentation des structures qui offrent pourtant des manifestations culturelles et des activités variées: yoga, photographie, cours de langue, jardinage, théâtre, etc…. Un gros travail de communication reste à faire pour attirer le grand public!  (ci dessous: texte peint sur un ancien château d’eau)

Il n’a fallu que quelques lointaines odeurs de merguez pour m’attirer vers le barbecue proposé par le JBUS dans le grand parc du quartier: le parc Kennedy.

Malgré un temps frisquet, quelques rares habitants profitent de l’occasion pour venir en famille vers le JBUS et faire connaissance. Le barbecue est complété par des jeux pour les enfants, et j’en profite pour retrouver des sensations d’enfance avec quelques parties de “tomate”. 

Je fais également connaissance avec des résidentes de longue date de Mireuil, fidèles parmi les fidèles des repas de quartier. Elles sont d’avis que La Rochelle, y compris ses quartiers plus populaires, est une ville agréable à vivre. Mireuil n’échappe pas non plus au plan de rénovation des quartiers, mais les choses se font en douceur, sans bousculer la vie plutôt paisible du lieu.

 

Malheureusement, le coût d’entretien du JBUS est trop élevé et son voyage s’achève le 19 août, pour être remplacé si tout va bien par une Kangoo…. C’était pourtant une initiative originale et progressive d’amener les habitants à se rencontrer et à connaître les activités proposées dans leur secteur. Dommage…

A bientôt pour une sortie à la mer avec quelques enfants de Mireuil!

 

 

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Jeudi 14 août 2008


Le clou de mon séjour à Sarcelles aura sans doute été ma rencontre avec la très attachante famille Calme qui habite trois étages plus haut, dans mon immeuble.

C’est par le biais d’un petit passage chez des soeurs indiennes de la congrégation des ”littles flowers of Bethany” que j’ai eu vent de la famille Calme, d’origine tamoule, et plus précisément de Pondichéry. Juste un mot sur cette congrégation en forte expansion: cela m’a fait un drôle d’effet d’apprendre qu’elles font le choix de s’implanter en Europe, pour vivre avec la population et se mettre au service de diocèses. L’Asie qui vient au secours de l’Europe, avec des personnes motivées pour faire du catéchisme dans les écoles (ce qui est loin d’être facile): chapeau!

Une fois grimpés les trois étages qui me séparaient de la famille Calme et franchi le seuil de leur porte, je me suis sentie comme un poisson dans l’eau et tous mes souvenirs de voyages en Inde me sont revenus à l’esprit, rien qu’à la décoration de l’appartement et aux odeurs doucement épicées!  

J’ai reçu de la part du couple Calme et de leurs 5 enfants: Stan, Rebecca, Judith, Jessica et Navin un accueil particulièrement chaleureux. Il faut dire que nous avons de nombreux points communs:  les aînés ont pratiquement mon âge et sont comme moi dans les études ou les débuts de la vie professionnelle; toute la famille est mélomane (j’ai eu droit à un trio tabla, chant et me semble-t-il sarangi) ; enfin, nous avons passé pas mal de temps à parler nourriture (riz à la tomate versus tarte tatin…) mais aussi de l’Inde que j’ai eu la chance de visiter deux fois.

J’ai été particulièrement attentive à leur manière de concilier leurs deux cultures et leurs traditions avec les us et coutumes françaises. De leur culture, ils ont gardé un sens très aïgu de la famille et ils aiment passer du temps ensemble. Ce n’est sans doute pas toujours facile pour les filles qui ne sortent pratiquement jamais seules, mais le quartier assez sensible concourt apparemment à cet état des choses. Stan, l’aîné, qui est militaire dans la marine, a vu du pays, et gagné en indépendance. Il ne manquerait pas pour autant le traditionnel pélérinage de la communauté tamoule à Lourdes qui a lieu ces jours-ci.

Autour d’un repas indien délicieux, nous discutons de la modernisation de l’Inde. “Les filles indiennes se dévergondent, elles s’habillent à l’occidentale, c’est presque choquant” disent en choeur les filles qui portent toujours ici, quant à elles, leurs jolis shalwar kameez (tunique indienne avec pantalon). “L’Inde se modernise tellement qu’on sent beaucoup moins les différences entre nos modes de vie”. Du coup, leur vie en France n’est pas si enviée que ça de l’autre côté de la planète, selon elles. Et Judith n’aurait rien contre l’idée de s’y installer un jour. Voilà une réalité que je n’avais pas connue au Rajasthan, dans le milieu hindu très traditionnel où j’ai vécu!

 

Pendant que Mme Calme prépare le poulet tandoory et le riz pulao, son mari me parle de son premier métier de militaire,  et de la nationalité française transmise par les générations antérieures, au temps où Pondichéry était un comptoir français. Son père a d’ailleurs fait la guerre dans le Sud Ouest de notre pays. Maintenant, Monsieur Calme est moniteur-éducateur et il a pour tâche l’organisation de sorties culturelles et l’accompagnement de personnes handicapées. 

 

Une famille “bien dans ses baskets” , qui sait faire la part des choses et qui fait plaisir à voir! Une très bonne adresse culinaire aussi, mais seulement pour moi :-)

J’ai encore une fois voyagé dans mon propre pays, grâce à eux!

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Mardi 12 août 2008


Grâce à Colette Roland, Petite Soeur de l’Ouvrier qui accompagne une équipe de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, je fais la connaissance de plusieurs jeunes entre 17 et 22 ans.

Ce que je réalise durant ce repas pris ensemble, c’est que j’ai eu la chance de baigner dès mon plus jeune âge dans la “culture dominante”, à savoir celle qui sait apprécier la musique classique, la littérature, les musées, celle qui a eu la chance de voyager aussi. Les membres de l’équipe JOC, venant de Sarcelles ou Villiers-Le-Bel sont loin d’avoir eu ces possibilités, ce qui explique le décalage et le sentiment d’infériorité que peuvent ressentir “les jeunes de banlieues” vis à vis de milieux plus aisés.

L’un d’eux entre en terminale et fait partie d’un programme pilote baptisé “l’entrée en prépa, l’entrée à l’ENS, c’est possible”, proposé par l’association de normaliens TALENS.

Je vous cite le constat de cette association qui fait écho à mes propos: ” Le programme « Entrer en prépa, entrer à l’ENS, c’est possible ! » est né d’un constat alarmant : à l’instar des étudiants des autres grandes écoles, près de 80% des élèves de la rue d’Ulm sont issus des catégories sociales supérieures, intellectuelles et dirigeantes.

Force est de reconnaître que l’exigence républicaine de méritocratie et d’égalité des chances est mise à mal par cette homogénéité sociale. [...]” (cf lien internet ci dessus)

Du coup, ce jociste m’explique qu’une normalienne vient donner des cours de culture générale à des jeunes motivés de son lycée, les initier à la philosophie et à différents arts trois heures par semaine.

Ce concept en est encore à ses débuts, mais j’avoue que la fin de l’intitulé du programme (”entrer à l’ENS c’est possible“) me laisse perplexe. Pour avoir moi-même été en classe préparatoire, et pour avoir perçu mes propres lacunes en matière de culture générale (alors même que j’ai baigné dedans depuis l’enfance), mes difficultés à me sentir à l’aise dans un milieu dans l’ensemble très bourgeois, j’imagine mal que quelques heures par semaines suffisent à faire de ces élèves de futurs normaliens…

J’ai peur au contraire que ce programme n’alimente de faux espoirs et qu’il renforce par la suite encore davantage leur sentiment d’infériorité.

A moins que, d’ici là, les critères d’entrée à l’ENS n’aient drastiquement changé, se basant, non seulement sur la culture dominante, mais aussi sur celle de ces jeunes. Ou alors que soient mis en place des quotas pour les élèves issus de ZUP comme à Sciences-Po?

Quoiqu’il en soit, à mettre trop haut la barre, c’est à mon sens jouer avec le feu…

L’équipe JOC, quant à elle, permet aux étudiants qui se retrouvent une fois par mois d’exprimer ces décalages tout en construisant leur identité au-delà des frustrations, sur ce qu’ils sont, souhaitent et sur des engagements concrets pour leur environnement.

La prochaine rencontre nationale de la JOC aura justement pour thème l’accès aux loisirs et à la culture pour les jeunes issus de milieu modeste. Des débats intéressants en perspective!

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Lundi 11 août 2008


Ce qu’il m’a été donné de nouveau dans cette ville, c’est de rencontrer des jeunes! Eh oui, ce n’est pas si simple car les gens de ma génération sont soit partis en vacances, soit au travail, soit mariés avec enfants, soit pour une minorité d’entre eux à vivre de trafics.

Tout d’abord, dans la catégorie jeunes professionnels, j’ai eu le plaisir de parler avec Josiane au Centre Social Watteau. Issue de l’animation, elle a atteint un poste de direction avant de le laisser pour “avoir plus de temps” pour elle. Maintenant, elle est en charge des familles au Centre Social où elle ne ménage pas moins sa peine qu’auparavant en cette période estivale propice aux départs en vacances.

En réalité, son travail démarre dès le mois d’octobre avec une soirée projection des clichés de vacances en compagnie des familles qui ont pu partir l’été précédent et de celles qui souhaiteraient s’organiser pour être de la partie l’année suivante. L’occasion pour tout le monde de rendre compte de leur voyage et de faire partager leurs meilleurs moments autour d’un repas convivial.

Parallèlement, la programmation annuelle du Centre Social est ponctuée de sorties culturelles et Josiane n’hésite pas à voir grand et à oser des univers bien peu connus des Sarcellois qui partent avec elles: marché de Noël de Strasbourg, Puy du Fou, château de Versailles… J’ai été très marquée par sa passion contagieuse pour la France et sa culture, et par l’enthousiasme qu’elle communique lorsqu’il s’agit de faire aimer le patrimoine: “Quand nous allons à Boulogne Sur Mer, je fais une visite de la ville et de l’aquarium en plus de la plage, et quand nous visitons les jardins du Château de Versailles, je n’oublie pas de montrer aussi quelques unes des plus belles salles du château“.

Quant aux départs en vacances estivaux, ils nécessitent une mise en oeuvre complexe en amont comme en aval. Que ce soit pour un départ de groupe, seul ou en famille, il faut établir un budget, choisir le lieu de vacances, travailler en lien avec la CAF pour l’aide au financement, répondre à toutes les questions matérielles, les appréhensions…. “Certaines familles ne peuvent accepter l’idée de partir avec des aides financières; et s’autoriser un départ en vacances alors que l’on est au chômage est difficilement envisageable, et culpabilisant”. Bien sûr, d’autres n’ont pas autant de scrupules.

Enfin, ne pas oublier d’anticiper financièrement le retour de vacances. En effet, la rentrée scolaire représente un surcoût pour les budgets modestes et cela dissuade beaucoup de ménages de partir en été.

Grâce à Josiane, mais aussi à Patrick de l’association Univers-Cité, je comprends mieux en quoi les sorties sont un levier pour l’accompagnement et l’insertion des personnes: outre l’ouverture culturelle, sortir avec d’autres implique d’arriver à l’heure pour le départ, de se mélanger, d’accepter les autres …Certains, grâce aux sorties, se sont entraidés pour trouver du travail, des réseaux d’amitiés se sont créés…

Voilà un outil d’accompagnement qui éduque en suscitant la curiosité et qui n’est pas stigmatisant pour les personnes. Il est sûr que je m’en souviendrai dans ma vie professionnelle!

Contrairement à ce que pensent certains, mon voyage n’est pas encore tout à fait terminé! Je laisse un petit suspense concernant ma dernière étape, car il y a encore beaucoup à vous dire sur Sarcelles. La suite sur les jeunes très bientôt!

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Mercredi 6 août 2008


Avec le mois d’août, j’ai décidé de ralentir un peu mon programme de rendez-vous pour prendre le temps de flâner. Un peu de tourisme à Sarcelles, peu de monde y a pensé, je crois, et pourtant: la ville est bien lotie en parcs et espaces verts, les quartiers sont très différents entre le “village” de Sarcelles, le quartier juif, les grandes barres, le centre ville…

Et le marché draine tant de monde que le RER est plus bondé qu’à l’habitude les vendredis et dimanches…

Quelques photos au fil de mes pérégrinations:

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Samedi 2 août 2008


Pour mon avant-dernière étape de voyage, j’ai posé mon sac à dos mercredi à Sarcelles, “ville cité” de 60 000 habitants bien connue, située au nord de Paris.

Il me faut peu de temps pour entendre à nouveau parler des problèmes de “démolitions reconstructions” des bâtiments du Grand Ensemble (à ne pas confondre avec “le village” de Sarcelles, quartier de la ville composé de maisons). Mais j’apprends avec surprise que des habitants ont monté un comité pour empêcher la démolition de leur barre! Il faut dire que certains bâtiments pourraient être réhabilités au lieu d’être démolis et que les gens sont conscients qu’ils ne retrouveront plus le même espace au même prix par la suite, vu le marché immobilier actuel en banlieue parisienne.

Cette question du logement est le cheval de bataille de deux associations que j’ai rencontrées ces derniers jours:

L’association Univers-cité, créée en 1996 suite à la mise en place des comités de quartiers, s’est dotée d’une “cellule logement” chargée de contacter les bailleurs sociaux pour leur demander des comptes ou trouver des solutions aux problèmes du quotidien que rencontrent les habitants de HLM. A Sarcelles, ce type de logement représente 68 pour cent du bâti. Cette organisation des locataires, notamment sur la question des provisions de charge, a obligé un bailleur à fournir des justificatifs clairs alors qu’il n’avait jusqu’ici qu’un classeur désordonné que personnes n’allait voir. L’une des grandes joies de Monique, trésorière de l’association, est de permettre à des personnes timides et sachant mal s’exprimer d’être actrices de ces réunions avec les bailleurs.

Au delà, Univers-Cité organise tout au long de l’année son “tour du monde à Sarcelles”: un périple culinaire par pays ou régions de France qui remporte toujours un franc succès. Le maire de Sarcelles (PS) a même mis la main à la pâte pour préparer un repas de sa région d’origine: la Corse. Elu à 69 pour cent dès le 1er tour, très souvent sur le terrain, on peut dire qu’il est aimé des Sarcellois, même si certains lui reprochent de ne pas remplir toutes ses promesses (peut-être parce que, du coup, il n’est pas assez souvent dans son bureau…) :-)

(ci contre: cuisine indienne chez mes voisins)

A AC! Agir ensemble contre le chômage, la question du logement prend un tour beaucoup plus polémique. Une manifestation a eu lieu en juin contre les expulsions et les revendications vont loin.

Comme le dit Daniel Blanc, président du collectif de Sarcelles, les expulsions ne sont jamais une solution, et la loi prévoit normalement qu’il n’y ait jamais d’expulsion sans proposition de relogement. Si certains locataires profitent du système pour rester dans leur logement le plus longtemps possible sans payer, pour beaucoup d’autres, l’expulsion est l’ultime étape vers une précarisation rapidement dramatique. Les solutions alors sont de vivre chez des amis, à la rue ou dans de grands squats tels qu’il en existe à Sarcelles.

Mais qu’en est-il de cette fameuse sarcellite? En fait, il s’agit d’une expression qui date de la construction du Grand Ensemble de Sarcelles, dans les années 60. Déjà à l’époque, beaucoup critiquent ces constructions qui poussèrent comme des champignons, à Sarcelles ou ailleurs. La maladie des grands ensembles s’était trouvé un nom!

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Mercredi 30 juillet 2008


(l’équipe d’Unis-Cité)

Peut-être mon escale chez les Ch’tis, vous aura fait croire que j’ai quitté les banlieues!

Eh bien, non, et je vais maintenant vous présenter la “Grande Résidence”, l’une des deux grosses cités de Lens.

Pour une fois, je n’ai pas dormi sur place, mais dans une jolie maison HLM de Sallaumines, qui jouxte Lens.

Mon contact avec la Grande Résidence aura donc été par le biais de l’association pour le droit au Travail, mais aussi grâce à Unis-Cité, à un responsable de la politique de la ville et enfin à Valérie, qui vient de créer un club ACE dans la cité et y a habité pendant plusieurs années.

1) La Grande Résidence en quelques points saillants.

La cité regroupe environ 5000 habitants, dans un cadre de vie correct, entouré d’arbres. Les bâtiments sont simples, voire basiques. Ceux qui vont être démolis, par contre, ne sont plus entretenus et sont d’apparence plutôt repoussante. Cela ne se voit pas à vue d’oeil, mais la Grande Résidence est coupée en deux ensembles de HLM: ceux “pour les gens qui ont un salaire”, mieux entretenus, plus calmes, et ceux “pour les autres”, souvent bruyants et sales. Cette répartition en deux mondes différents est certes propice au maintien ou à l’installation dans le quartier des personnes qui autrement ne voudraient pas y vivre, mais la réputation des bâtiments “pour chômeurs” n’en est que plus mauvaise…

Contrairement aux autres quartiers que j’ai pu voir jusqu’ici, la population n’est pas majoritairement maghrébine, et je n’ai pas vu de population issue d’Afrique noire. Guère plus de jeunes qui zonent dehors, c’est un quartier plutôt tranquille où les gens sont très solidaires, me dit Valérie. Par contre, elle ne me cache pas que l’alcool fait ici des ravages, et qu’il lui arrive d’accueillir au club de l’Action Catholique des Enfants des mamans qui sentent l’alcool dès le matin. Quand je lui demande ce qu’en disent les enfants, elle me répond que l’alcool risque pour eux de finir par devenir la norme, tant cela fait partie de leur quotidien…Cela me rappelle une personne accueillie à la Boussole, souffrant elle-même d’alcoolisme, (cf post précédent), qui m’avait dit: “mes parents buvaient 25 litres de bière par jour, alors…” . Je n’avais pas osé demander s’il s’agissait des quantités pour un ou deux, mais le chiffre est déjà éloquent!

A cela, il faut ajouter les problèmes de chômage, de recompositions multiples des familles, d’obésité et parfois un vrai manque d’éducation. Les dessins collés par les enfants de l’ACE dans une tour HLM ont été arrachés en moins d’une heure… Mais je ne voudrais pas faire un tableau à la Zola d’une cité qui est en mutation et dont les individus ont tous des parcours de vie complexes, avec des hauts et des bas. Voyons maintenant un peu de la vie dans ce quartier:

2) Ce qui bouge à la Grande Résidence

Je vous renvoie à mon article précédent pour ce qu’il en est de l’association pour le droit au travail.

Par ailleurs, au centre social du quartier, j’ai pu rencontrer les permanents de l’association Unis-Cité, qui propose à des jeunes de s’engager pendant 6 ou 9 mois sur des projets locaux. Les jeunes recrues du département, réunis en équipe de 8, se rendent chaque jour dans différentes structures associatives pour proposer leur aide. Ils sont ainsi initiés à la protection de la nature et à l’univers du social. Souvent issus d’un milieu peu mobile, ils apprennent à se déplacer, à travailler en équipe et découvrent leur région. C’est souvent les premiers pas vers une confiance retrouvée, un goût pour le travail au service des autres et une envie de bouger davantage, en poursuivant avec un volontariat à l’étranger, par exemple.

L’équipe d’Unis-cité a du pain sur planche pour encadrer ces équipes, d’autant qu’elle leur offre également un parcours individuel et les aide à affiner un projet professionnel.

J’ai pu passer une heure avec Zahir Oudjani qui m’a expliqué ce que signifie la “politique de la ville”. Il s’agit en fait de crédits alloués aux territoires en difficultés. Ces crédits existent depuis 1981 mais ils ont sans cesse été répartis différemment en fonction des idéologies des uns et des autres.

Selon lui, il semblerait qu’aujourd’hui, la politique de la ville pour la Grande Résidence soit enfin sur la bonne voie: non plus des crédits saupoudrés par-ci par là, sans concertation des habitants, mais une restructuration de grande envergure de l’habitat et des écoles. En clair, un projet de 170 millions d’euros jusqu’en 2013 pour des logements “HQE” (Haute Qualité Environnementale), pour de l’accession à la propriété. Et pour les projets sociaux, un ciblage sur des initiatives en concertation et en partenariat.

Quand je demande ce qu’il existe pour les jeunes, Monsieur Oudjani me répond qu’il n’y a rien d’important pour le moment car la municipalité “est en phase de réflexion”. Quant aux problèmes que pose l’accession à la propriété (augmentation des charges, taxe d’habitation à payer etc) pour les foyers à petit budgets, ils ne semblent pas se poser ici, et on me répond que les familles seront bien accompagnées, qu’elles ont l’habitude de demander des aides à la mairie…Je reste sceptique, me disant qu’une fois de plus, les familles les plus modestes vont trinquer, et ne pas avoir accès à ces fameux logements HQE qui seront forcément plus chers.

Par contre, je me rends compte que même dans ce service de la mairie, on se plaint des demandes de subventions hallucinantes qu’il faut éplucher en temps et en heures pour “le ministère”. Mais ni la base ni l’échelon municipal n’ont apparemment le pouvoir de changer cela…on se demande bien qui, alors!

je termine par le club ACE que Valérie et ses collègues ont crée sur le quartier. La grande résidence a été construite sans église, et la plupart des enfants, hormis ceux issus de l’immigration, n’ont aucune référence religieuse. Lors de la fête des jeux organisés par l’ACE l’an passé sur le quartier, les enfants devaient choisir dans un stand le lieu de culte qui leur semblait le plus attractif. La grande majorité d’entre eux a choisi la mosquée, sans doute plus souvent évoquée dans les médias et leur environnement.

L’Action Catholique des Enfants va dans la mouvance de la pastorale en monde populaire. Il s’agit d’un club de jeux ouvert à tous, pour des enfants de 5 à 13 ans. Après avoir l’an passé “osé rêver leur quartier”, ils ont pu cette année planter des fleurs à la Grande Résidence, ce qui était leur principal désir.

L’une des joies de Valérie a été de voir ces enfants pris en considération par le bailleur et la mairie suite à une lettre qu’ils avaient rédigée ensemble pour protester contre l’arrachage brutal de leurs dessins. En outre, ils sont toujours contents des sorties proposées, toujours partants pour quitter un moment leur quartier (même si c’est pour faire 1 km).

L’un d’entre eux a ainsi pu faire son premier trajet en voiture à 7 ans!

( en photo: Valérie et les jeunes animatrices du club ACE de cet été)

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Mardi 29 juillet 2008


Bonjour à tous

Un tout petit post pour vous dire que j’ai pris quelques jours au vert mais reviens très vite avec un article sur Lens.

Ce soir, je serais à Sarcelles!

Merci pour vos commentaires qui m’encouragent bien!!

 

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