saveurs indiennes à ma porte…

Jeudi, août 14th, 2008

Le clou de mon séjour à Sarcelles aura sans doute été ma rencontre avec la très attachante famille Calme qui habite trois étages plus haut, dans mon immeuble.

C’est par le biais d’un petit passage chez des soeurs indiennes de la congrégation des ”littles flowers of Bethany” que j’ai eu vent de la famille Calme, d’origine tamoule, et plus précisément de Pondichéry. Juste un mot sur cette congrégation en forte expansion: cela m’a fait un drôle d’effet d’apprendre qu’elles font le choix de s’implanter en Europe, pour vivre avec la population et se mettre au service de diocèses. L’Asie qui vient au secours de l’Europe, avec des personnes motivées pour faire du catéchisme dans les écoles (ce qui est loin d’être facile): chapeau!

Une fois grimpés les trois étages qui me séparaient de la famille Calme et franchi le seuil de leur porte, je me suis sentie comme un poisson dans l’eau et tous mes souvenirs de voyages en Inde me sont revenus à l’esprit, rien qu’à la décoration de l’appartement et aux odeurs doucement épicées!  

J’ai reçu de la part du couple Calme et de leurs 5 enfants: Stan, Rebecca, Judith, Jessica et Navin un accueil particulièrement chaleureux. Il faut dire que nous avons de nombreux points communs:  les aînés ont pratiquement mon âge et sont comme moi dans les études ou les débuts de la vie professionnelle; toute la famille est mélomane (j’ai eu droit à un trio tabla, chant et me semble-t-il sarangi) ; enfin, nous avons passé pas mal de temps à parler nourriture (riz à la tomate versus tarte tatin…) mais aussi de l’Inde que j’ai eu la chance de visiter deux fois.

J’ai été particulièrement attentive à leur manière de concilier leurs deux cultures et leurs traditions avec les us et coutumes françaises. De leur culture, ils ont gardé un sens très aïgu de la famille et ils aiment passer du temps ensemble. Ce n’est sans doute pas toujours facile pour les filles qui ne sortent pratiquement jamais seules, mais le quartier assez sensible concourt apparemment à cet état des choses. Stan, l’aîné, qui est militaire dans la marine, a vu du pays, et gagné en indépendance. Il ne manquerait pas pour autant le traditionnel pélérinage de la communauté tamoule à Lourdes qui a lieu ces jours-ci.

Autour d’un repas indien délicieux, nous discutons de la modernisation de l’Inde. “Les filles indiennes se dévergondent, elles s’habillent à l’occidentale, c’est presque choquant” disent en choeur les filles qui portent toujours ici, quant à elles, leurs jolis shalwar kameez (tunique indienne avec pantalon). “L’Inde se modernise tellement qu’on sent beaucoup moins les différences entre nos modes de vie”. Du coup, leur vie en France n’est pas si enviée que ça de l’autre côté de la planète, selon elles. Et Judith n’aurait rien contre l’idée de s’y installer un jour. Voilà une réalité que je n’avais pas connue au Rajasthan, dans le milieu hindu très traditionnel où j’ai vécu!

 

Pendant que Mme Calme prépare le poulet tandoory et le riz pulao, son mari me parle de son premier métier de militaire,  et de la nationalité française transmise par les générations antérieures, au temps où Pondichéry était un comptoir français. Son père a d’ailleurs fait la guerre dans le Sud Ouest de notre pays. Maintenant, Monsieur Calme est moniteur-éducateur et il a pour tâche l’organisation de sorties culturelles et l’accompagnement de personnes handicapées. 

 

Une famille “bien dans ses baskets” , qui sait faire la part des choses et qui fait plaisir à voir! Une très bonne adresse culinaire aussi, mais seulement pour moi :-)

J’ai encore une fois voyagé dans mon propre pays, grâce à eux!

Docteur, j’ai la “sarcellite”!

Samedi, août 2nd, 2008

Pour mon avant-dernière étape de voyage, j’ai posé mon sac à dos mercredi à Sarcelles, “ville cité” de 60 000 habitants bien connue, située au nord de Paris.

Il me faut peu de temps pour entendre à nouveau parler des problèmes de “démolitions reconstructions” des bâtiments du Grand Ensemble (à ne pas confondre avec “le village” de Sarcelles, quartier de la ville composé de maisons). Mais j’apprends avec surprise que des habitants ont monté un comité pour empêcher la démolition de leur barre! Il faut dire que certains bâtiments pourraient être réhabilités au lieu d’être démolis et que les gens sont conscients qu’ils ne retrouveront plus le même espace au même prix par la suite, vu le marché immobilier actuel en banlieue parisienne.

Cette question du logement est le cheval de bataille de deux associations que j’ai rencontrées ces derniers jours:

L’association Univers-cité, créée en 1996 suite à la mise en place des comités de quartiers, s’est dotée d’une “cellule logement” chargée de contacter les bailleurs sociaux pour leur demander des comptes ou trouver des solutions aux problèmes du quotidien que rencontrent les habitants de HLM. A Sarcelles, ce type de logement représente 68 pour cent du bâti. Cette organisation des locataires, notamment sur la question des provisions de charge, a obligé un bailleur à fournir des justificatifs clairs alors qu’il n’avait jusqu’ici qu’un classeur désordonné que personnes n’allait voir. L’une des grandes joies de Monique, trésorière de l’association, est de permettre à des personnes timides et sachant mal s’exprimer d’être actrices de ces réunions avec les bailleurs.

Au delà, Univers-Cité organise tout au long de l’année son “tour du monde à Sarcelles”: un périple culinaire par pays ou régions de France qui remporte toujours un franc succès. Le maire de Sarcelles (PS) a même mis la main à la pâte pour préparer un repas de sa région d’origine: la Corse. Elu à 69 pour cent dès le 1er tour, très souvent sur le terrain, on peut dire qu’il est aimé des Sarcellois, même si certains lui reprochent de ne pas remplir toutes ses promesses (peut-être parce que, du coup, il n’est pas assez souvent dans son bureau…) :-)

(ci contre: cuisine indienne chez mes voisins)

A AC! Agir ensemble contre le chômage, la question du logement prend un tour beaucoup plus polémique. Une manifestation a eu lieu en juin contre les expulsions et les revendications vont loin.

Comme le dit Daniel Blanc, président du collectif de Sarcelles, les expulsions ne sont jamais une solution, et la loi prévoit normalement qu’il n’y ait jamais d’expulsion sans proposition de relogement. Si certains locataires profitent du système pour rester dans leur logement le plus longtemps possible sans payer, pour beaucoup d’autres, l’expulsion est l’ultime étape vers une précarisation rapidement dramatique. Les solutions alors sont de vivre chez des amis, à la rue ou dans de grands squats tels qu’il en existe à Sarcelles.

Mais qu’en est-il de cette fameuse sarcellite? En fait, il s’agit d’une expression qui date de la construction du Grand Ensemble de Sarcelles, dans les années 60. Déjà à l’époque, beaucoup critiquent ces constructions qui poussèrent comme des champignons, à Sarcelles ou ailleurs. La maladie des grands ensembles s’était trouvé un nom!