Quelques considérations sur l’avenir du Mirail

Jeudi, juillet 17th, 2008

(à TO7)

Pour répondre aux  pertinentes questions d’Anne Catherine dans un commentaire de mon dernier post, on peut effectivement se demander pourquoi, à Cergy, l’environnement semble plutôt paisible et attirant alors qu’à Toulouse, les quartiers du Mirail sont en partie en déréliction.

Je n’ai pas, de loin, toutes les ficelles du problème, mais voilà quelques points qui peuvent vous éclairer :

Cergy est une ville nouvelle des années 80, conçue avec des moyens conséquents pour désengorger Paris et de grosses subventions pour la construction des logements sociaux. Elle a bénéficié d’une pensée globale et articulée, avec, comme figure essentielle à sa fondation, le père de Martin Hirsch, architecte de profession et maire de la ville. Les maires suivants ont continué dans le même sens, achevant des constructions à 40 pour cent sociales, ce qui laisse tout de même place à de la mixité puisque les 60 pour cent restants sont de l’habitat de type « classique ». De nombreuses entreprises, comme Vuitton par exemple, y ont installé leur siège.

Au Mirail, il s’agit d’un projet de ville nouvelle des années 60, très ambitieux lui aussi, mais qui n’a jamais pu être achevé, puisque les changements de majorité à la mairie ont mis un frein à son développement. Du coup, les logements - à 80 pour cent sociaux - ont certes été achevés, mais on ne trouve que très peu de commerces. Le tout a pris un coup de vieux au fil du temps, et ce qui devait être une ville attractive et auto-suffisante est devenu peu à peu une nécrose de Toulouse, où ne viennent que les personnes qui ne trouvent pas à se loger ailleurs.

A Cergy comme à Toulouse, des logements ont été construits en « accession à la propriété ». Des personnes aux revenus modestes ont acheté leur appartement ou leur petite maison, mais se sont rapidement trouvées en difficultés quand il s’est agit de l’entretien global du bâtiment.

 

  Et maintenant, quel avenir pour le Mirail ? Doit-on raser le tout « gratis » ? Disperser la population ? Attirer des populations aisées ?

Plusieurs « solutions » sont émises :

1)      Raser le tout, reconstruire à une échelle plus humaine des logements diversifiés et disperser la population. Le problème est que personne ne veut de la « racaille du Mirail » (expression apparemment employée par certains) et que des communes autour de Toulouse préfèrent encore payer l’amende que de construire leur quota de logements sociaux. Venir d’un quartier à mauvaise réputation, cela ferme des portes. George Jousse à Bordeaux ( dont je vous parlerai plus amplement plus tard) en a fait les frais. Ayant déménagé en centre ville, le lycée de secteur a refusé d’inscrire ses enfants qui avaient auparavant été scolarisés dans une cité…

2)      « Pas de destruction sans reconstruction » : c’est un peu le mot d’ordre de la population du Mirail repris par le Grand Projet de Ville. Mais alors, il n’y aura pas plus de mixité sociale demain qu’aujourd’hui, et toujours une très forte densité de population en difficulté réunie sur un même secteur. Certes, les logements seront plus beaux, mais si leur loyer reste inchangé, les charges locatives le feront doubler !

3)      On envisage par ailleurs de construire des infrastructures qui attirent les habitants du centre ville, pour désenclaver ces quartiers. C’est une idée, mais cela ne crée pas de mixité sociale au quotidien,  plutôt une migration pendulaire culturelle qui ne va pas forcément changer l’image que se font les « riches » de ces quartiers. Sans parler de certains centres culturels bâtis au Mirail, qui ne font pas assez d’efforts pour proposer des activités qui plaisent aux habitants ; et de certains édifices et institutions qui sont, selon les mots d’une habitante, des « grumeaux » aux allures de blockhaus et qui empiètent sur le peu d’espaces verts laissé aux habitants….

4)      Bref, pourquoi ne pas détruire et reconstruire, avec des critères d’habitat plus diversifiés ? C’est le cas des co-propriétés qui se « résidencialisent », en mettant tout autour de leur bâtiments des barrières. Le problème reste celui d’un vivre ensemble qui se perd et risque d’engendrer toujours plus d’incompréhension. Et, pour la population déplacée, souvent issue de l’immigration ou pied noir, c’est un énième déracinement. Comment construire paisiblement son identité avec un tel parcours ?

 

Pas de solution miracle, évidemment, mais le GPV (Grand Projet de Ville) semble pour le moment davantage un replâtrage qu’un vrai projet global. Avec la fin de la carte scolaire, les écoles risquent de ne plus accueillir que les enfants les plus en difficultés, que les parents n’auront pu inscrire ou conduire ailleurs.

 J’ai longuement évoqué ces problèmes avec Sylvia, présidente de la Confédération Nationale du Logement dans le quartier du Tintoret. En effet, bien plus que d’aider les locataires à trouver un logement ou entretenir leur lieu de vie, Sylvia est une sorte de médiatrice entre ses voisins et les institutions. Un vrai projet, selon cette résidente du quartier depuis 25 ans, devrait prendre les problèmes à bras le corps, dans leur ensemble et en concertation. L’argent et l’urbanisme, c’est bien beau, mais ce qui fait le plus défaut, ce sont des personnes qui s’engagent dans la durée, mouillent leur chemise et dénoncent ce qui ne va pas. Mettre bien plus de moyens humains dans les quartiers (police de proximité, éducateurs etc) et jouir des mêmes chances et des mêmes droits que les habitants du centre ville, voilà ce pour quoi se bat sans relâche cette femme d’origine espagnole, qui dénonce sans langue de bois le manque de civisme et d’éducation de base de ses voisins, mais aussi le désinvestissement de l’Etat et de ses institutions au Mirail.

Voilà pour ces quelques réflexions sur une réalité toujours plus complexe.