les jeunes face à la culture: (2) la JOC

Grâce à Colette Roland, Petite Soeur de l’Ouvrier qui accompagne une équipe de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, je fais la connaissance de plusieurs jeunes entre 17 et 22 ans.

Ce que je réalise durant ce repas pris ensemble, c’est que j’ai eu la chance de baigner dès mon plus jeune âge dans la “culture dominante”, à savoir celle qui sait apprécier la musique classique, la littérature, les musées, celle qui a eu la chance de voyager aussi. Les membres de l’équipe JOC, venant de Sarcelles ou Villiers-Le-Bel sont loin d’avoir eu ces possibilités, ce qui explique le décalage et le sentiment d’infériorité que peuvent ressentir “les jeunes de banlieues” vis à vis de milieux plus aisés.

L’un d’eux entre en terminale et fait partie d’un programme pilote baptisé “l’entrée en prépa, l’entrée à l’ENS, c’est possible”, proposé par l’association de normaliens TALENS.

Je vous cite le constat de cette association qui fait écho à mes propos: ” Le programme « Entrer en prépa, entrer à l’ENS, c’est possible ! » est né d’un constat alarmant : à l’instar des étudiants des autres grandes écoles, près de 80% des élèves de la rue d’Ulm sont issus des catégories sociales supérieures, intellectuelles et dirigeantes.

Force est de reconnaître que l’exigence républicaine de méritocratie et d’égalité des chances est mise à mal par cette homogénéité sociale. [...]” (cf lien internet ci dessus)

Du coup, ce jociste m’explique qu’une normalienne vient donner des cours de culture générale à des jeunes motivés de son lycée, les initier à la philosophie et à différents arts trois heures par semaine.

Ce concept en est encore à ses débuts, mais j’avoue que la fin de l’intitulé du programme (”entrer à l’ENS c’est possible“) me laisse perplexe. Pour avoir moi-même été en classe préparatoire, et pour avoir perçu mes propres lacunes en matière de culture générale (alors même que j’ai baigné dedans depuis l’enfance), mes difficultés à me sentir à l’aise dans un milieu dans l’ensemble très bourgeois, j’imagine mal que quelques heures par semaines suffisent à faire de ces élèves de futurs normaliens…

J’ai peur au contraire que ce programme n’alimente de faux espoirs et qu’il renforce par la suite encore davantage leur sentiment d’infériorité.

A moins que, d’ici là, les critères d’entrée à l’ENS n’aient drastiquement changé, se basant, non seulement sur la culture dominante, mais aussi sur celle de ces jeunes. Ou alors que soient mis en place des quotas pour les élèves issus de ZUP comme à Sciences-Po?

Quoiqu’il en soit, à mettre trop haut la barre, c’est à mon sens jouer avec le feu…

L’équipe JOC, quant à elle, permet aux étudiants qui se retrouvent une fois par mois d’exprimer ces décalages tout en construisant leur identité au-delà des frustrations, sur ce qu’ils sont, souhaitent et sur des engagements concrets pour leur environnement.

La prochaine rencontre nationale de la JOC aura justement pour thème l’accès aux loisirs et à la culture pour les jeunes issus de milieu modeste. Des débats intéressants en perspective!

12/08/2008

7 Réponses pour “les jeunes face à la culture: (2) la JOC”

  1. Redigé par Luc Bartramie:

    Celui qui ne connaît pas tout le contenu possible de la culture mais qui désire cette culture et qui l’aime: celui-là est cultivé dans son coeur et le sera d’une manière ou d’une autre dans son esprit.
    Celui qui a la chance de connaître bien des choses mais qui ne les apprécie pas à leur juste valeur, qui les considère sans amour et sans enthousiasme, celui-là sera toujours ennuyeux à écouter, malheureux lui-même et d’aucun secours pour les autres.
    C’est pourquoi vous pouvez sans crainte aucune, Véronique, apprécier la valeur des jeunes dont vous parlez, et leur faire confiance: ils veulent, ils aiment, ils vivent, ils valent mieux que la seule perspective d’un soit-disant “niveau” à atteindre. Une personne sincère, vraie, enthousiaste, ça n’a pas de prix! C’est tout simplement merveilleux.

  2. Redigé par JP:

    Bonjour Véronique !

    Me revoilà pour un autre commentaire. C’est toujours aussi intéressant !
    Mais j’avoue que le sujet que tu soulèves ici me questionne, comme de façon générale celle des quotas pour l’entrée dans des grandes écoles, de jeunes issus de milieux défavorisés. De même, l’expression “culture dominante”.
    En prépa scientifique (que j’ai fréquentée) on sélectionne sur la capacité à résoudre un certain type d’exercices,
    certes assez académiques. Mais la règle est la même pour tous. Posons la question brutalement :
    une origine défavorisée peut-elle, doit-elle permettre d’atteindre un même résultat avec un niveau moins bon ?
    S’il ne s’agit pas d’un niveau “moins bon”, pourquoi faire une catégorie spécifique de candidats ?
    Cela ne produit-il pas des admissions ou diplômes “au rabais” ?
    Si mon propos choque, je peux le reformuler ainsi : est-ce que des quotas signifient qu’on estime que ces jeunes
    sont, de par leurs origines, incapables d’atteindre le même niveau intellectuel que les autres ??

    Je suis aussi un peu perplexe sur la distinction “culture dominante / culture des jeunes”.
    Qu’entend-on par “culture des jeunes” ? La “culture dominante” n’est-elle pas aussi une culture “classique”,
    que nous aussi, adolescents, avions plus ou moins de facilité à assimiler, mais qui n’en restait pas moins une référence ?
    Au risque de paraître ringard et de provoquer, je ne suis pas pour élever le “Nique ta mère” au rang de
    valeur de référence !

    A vous la parole, maître ! (pas encore en vacances tu vois !) ;-)

    culturel de

  3. Redigé par JP:

    … et à part ça, c’est vrai que, comme l’a dit un commentaire précédent, cela va finir trop vite !

    Vite, Pèlerin, une prolongation de bourse et de blog pour notre Véronique !!

  4. Redigé par nancy:

    merci Veronique pour ce blog vraiment très interessant
    et instructif très bien écrit …

  5. Redigé par veronique:

    Ah, je suis ravie d’avoir suscité la polémique!
    J’ai eu des scrupules à poster cet article car je ne voudrais pas laisser penser que je ne crois pas en ces jeunes que j’ai rencontré, au contraire!
    Ni que les catégories “culture dominante” et “culture des jeunes” soient pertinentes à mes yeux.
    Luc Batramie résume tout à fait mon point de vue: pour moi, la culture, c’est d’abord une curiosité insatiable, un enthousiasme, une humilité devant l’étendue des savoirs, et un désir de transmettre.
    Seulement, si je m’en tiens aux critères de sélection de l’ENS Ulm tels que je les ais connus et vécus, je ne peux m’empêcher de reconnaître que, loin de s’en tenir au potentiel et à la valeur de la personne, ils sont entièrement axés sur cette culture classique transmise dans les familles cultivées et les “bonnes” écoles, et qui se construit sur de très longues années. D’où la “reproduction des élites” que semble déplorer cette école, mais que les critères d’entrées ne peuvent que maintenir! Du coup, j’y vois comme une hypocrisie pour les jeunes qu’ils prennent en tutorat, surtout avec cet objectif d’intégration. Je ne remets pas en doute l’objectif d’éveiller une curiosité et un goût pour la culture classique, par contre.
    Dans une prépa scientifique, c’est différent comme le dit JP car on sélectionne surtout une tournure d’esprit.

    Enfin, merci pour vos encouragements, cela me donne du tonus. Et pour la pétition à Pèlerin pour que je puisse continuer, je vous laisse la rédiger ;-)

    J’ai encore quelques articles dans ma hotte, no worry!
    Véronique

  6. Redigé par JP:

    Tu as bien fait de poster cet article, car il ouvre un débat sans doute délicat, mais un peu inévitable.
    J’ai eu aussi des scrupules à poster mon commentaire ;-)
    Comme tu le dis, il y a certainement effectivement une différence entre les domaines scientifique et littéraire :
    il faut reconnaître qu’en scientifique, le “bagage” transmis par la famille compte a priori beaucoup moins.
    Tu sembles dire qu’en littéraire on sélectionne finalement des “têtes bien pleines” beaucoup plus que des “têtes bien faites” ?
    Si c’est le cas c’est effectivement fort dommage. C’est certainement un travers un peu moins présent en scientifique.
    Mais on peut aussi se demander si le “bagage” sur lequel on sélectionne n’ est pas un peu utile pour les métiers
    auxquels on prépare ensuite. Bref, pas complètement simple…

    Autrement, effectivement on peut partager tes scrupules sur des slogans qui ressemblent à des promesses trompeuses…
    Je suis d’accord : soit on y croit vraiment et alors il faut montrer comment on y arrive,
    soit c’est un peu hypocrite et il vaudrait mieux ne rien dire…

  7. Redigé par Mi et Si:

    Bonjour Véronique
    Je suis la maman de Raphaël,( du blog d’à côté).
    Je pense que dans les classes scientifiques ,entre deux têtes bien faites ,la mieux remplie à l’avantage., la différence se fait sur le français, les se se fait sur le français, les langues et la culture philosophique et historique.
    Votre débat est vraiment intéressant et très pertinent. Le commentaire de Luc Bartramie me ravit par son optimisme et sa foi en l’Homme !
    et sa foi en l’Homme!
    Merci de nous faire partager ces moments là ainsi que ton enthousiasme.

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