Archive pour le août 12th, 2008

les jeunes face à la culture: (2) la JOC

Mardi, août 12th, 2008

Grâce à Colette Roland, Petite Soeur de l’Ouvrier qui accompagne une équipe de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, je fais la connaissance de plusieurs jeunes entre 17 et 22 ans.

Ce que je réalise durant ce repas pris ensemble, c’est que j’ai eu la chance de baigner dès mon plus jeune âge dans la “culture dominante”, à savoir celle qui sait apprécier la musique classique, la littérature, les musées, celle qui a eu la chance de voyager aussi. Les membres de l’équipe JOC, venant de Sarcelles ou Villiers-Le-Bel sont loin d’avoir eu ces possibilités, ce qui explique le décalage et le sentiment d’infériorité que peuvent ressentir “les jeunes de banlieues” vis à vis de milieux plus aisés.

L’un d’eux entre en terminale et fait partie d’un programme pilote baptisé “l’entrée en prépa, l’entrée à l’ENS, c’est possible”, proposé par l’association de normaliens TALENS.

Je vous cite le constat de cette association qui fait écho à mes propos: ” Le programme « Entrer en prépa, entrer à l’ENS, c’est possible ! » est né d’un constat alarmant : à l’instar des étudiants des autres grandes écoles, près de 80% des élèves de la rue d’Ulm sont issus des catégories sociales supérieures, intellectuelles et dirigeantes.

Force est de reconnaître que l’exigence républicaine de méritocratie et d’égalité des chances est mise à mal par cette homogénéité sociale. [...]” (cf lien internet ci dessus)

Du coup, ce jociste m’explique qu’une normalienne vient donner des cours de culture générale à des jeunes motivés de son lycée, les initier à la philosophie et à différents arts trois heures par semaine.

Ce concept en est encore à ses débuts, mais j’avoue que la fin de l’intitulé du programme (”entrer à l’ENS c’est possible“) me laisse perplexe. Pour avoir moi-même été en classe préparatoire, et pour avoir perçu mes propres lacunes en matière de culture générale (alors même que j’ai baigné dedans depuis l’enfance), mes difficultés à me sentir à l’aise dans un milieu dans l’ensemble très bourgeois, j’imagine mal que quelques heures par semaines suffisent à faire de ces élèves de futurs normaliens…

J’ai peur au contraire que ce programme n’alimente de faux espoirs et qu’il renforce par la suite encore davantage leur sentiment d’infériorité.

A moins que, d’ici là, les critères d’entrée à l’ENS n’aient drastiquement changé, se basant, non seulement sur la culture dominante, mais aussi sur celle de ces jeunes. Ou alors que soient mis en place des quotas pour les élèves issus de ZUP comme à Sciences-Po?

Quoiqu’il en soit, à mettre trop haut la barre, c’est à mon sens jouer avec le feu…

L’équipe JOC, quant à elle, permet aux étudiants qui se retrouvent une fois par mois d’exprimer ces décalages tout en construisant leur identité au-delà des frustrations, sur ce qu’ils sont, souhaitent et sur des engagements concrets pour leur environnement.

La prochaine rencontre nationale de la JOC aura justement pour thème l’accès aux loisirs et à la culture pour les jeunes issus de milieu modeste. Des débats intéressants en perspective!