la Grande Résidence

(l’équipe d’Unis-Cité)

Peut-être mon escale chez les Ch’tis, vous aura fait croire que j’ai quitté les banlieues!

Eh bien, non, et je vais maintenant vous présenter la “Grande Résidence”, l’une des deux grosses cités de Lens.

Pour une fois, je n’ai pas dormi sur place, mais dans une jolie maison HLM de Sallaumines, qui jouxte Lens.

Mon contact avec la Grande Résidence aura donc été par le biais de l’association pour le droit au Travail, mais aussi grâce à Unis-Cité, à un responsable de la politique de la ville et enfin à Valérie, qui vient de créer un club ACE dans la cité et y a habité pendant plusieurs années.

1) La Grande Résidence en quelques points saillants.

La cité regroupe environ 5000 habitants, dans un cadre de vie correct, entouré d’arbres. Les bâtiments sont simples, voire basiques. Ceux qui vont être démolis, par contre, ne sont plus entretenus et sont d’apparence plutôt repoussante. Cela ne se voit pas à vue d’oeil, mais la Grande Résidence est coupée en deux ensembles de HLM: ceux “pour les gens qui ont un salaire”, mieux entretenus, plus calmes, et ceux “pour les autres”, souvent bruyants et sales. Cette répartition en deux mondes différents est certes propice au maintien ou à l’installation dans le quartier des personnes qui autrement ne voudraient pas y vivre, mais la réputation des bâtiments “pour chômeurs” n’en est que plus mauvaise…

Contrairement aux autres quartiers que j’ai pu voir jusqu’ici, la population n’est pas majoritairement maghrébine, et je n’ai pas vu de population issue d’Afrique noire. Guère plus de jeunes qui zonent dehors, c’est un quartier plutôt tranquille où les gens sont très solidaires, me dit Valérie. Par contre, elle ne me cache pas que l’alcool fait ici des ravages, et qu’il lui arrive d’accueillir au club de l’Action Catholique des Enfants des mamans qui sentent l’alcool dès le matin. Quand je lui demande ce qu’en disent les enfants, elle me répond que l’alcool risque pour eux de finir par devenir la norme, tant cela fait partie de leur quotidien…Cela me rappelle une personne accueillie à la Boussole, souffrant elle-même d’alcoolisme, (cf post précédent), qui m’avait dit: “mes parents buvaient 25 litres de bière par jour, alors…” . Je n’avais pas osé demander s’il s’agissait des quantités pour un ou deux, mais le chiffre est déjà éloquent!

A cela, il faut ajouter les problèmes de chômage, de recompositions multiples des familles, d’obésité et parfois un vrai manque d’éducation. Les dessins collés par les enfants de l’ACE dans une tour HLM ont été arrachés en moins d’une heure… Mais je ne voudrais pas faire un tableau à la Zola d’une cité qui est en mutation et dont les individus ont tous des parcours de vie complexes, avec des hauts et des bas. Voyons maintenant un peu de la vie dans ce quartier:

2) Ce qui bouge à la Grande Résidence

Je vous renvoie à mon article précédent pour ce qu’il en est de l’association pour le droit au travail.

Par ailleurs, au centre social du quartier, j’ai pu rencontrer les permanents de l’association Unis-Cité, qui propose à des jeunes de s’engager pendant 6 ou 9 mois sur des projets locaux. Les jeunes recrues du département, réunis en équipe de 8, se rendent chaque jour dans différentes structures associatives pour proposer leur aide. Ils sont ainsi initiés à la protection de la nature et à l’univers du social. Souvent issus d’un milieu peu mobile, ils apprennent à se déplacer, à travailler en équipe et découvrent leur région. C’est souvent les premiers pas vers une confiance retrouvée, un goût pour le travail au service des autres et une envie de bouger davantage, en poursuivant avec un volontariat à l’étranger, par exemple.

L’équipe d’Unis-cité a du pain sur planche pour encadrer ces équipes, d’autant qu’elle leur offre également un parcours individuel et les aide à affiner un projet professionnel.

J’ai pu passer une heure avec Zahir Oudjani qui m’a expliqué ce que signifie la “politique de la ville”. Il s’agit en fait de crédits alloués aux territoires en difficultés. Ces crédits existent depuis 1981 mais ils ont sans cesse été répartis différemment en fonction des idéologies des uns et des autres.

Selon lui, il semblerait qu’aujourd’hui, la politique de la ville pour la Grande Résidence soit enfin sur la bonne voie: non plus des crédits saupoudrés par-ci par là, sans concertation des habitants, mais une restructuration de grande envergure de l’habitat et des écoles. En clair, un projet de 170 millions d’euros jusqu’en 2013 pour des logements “HQE” (Haute Qualité Environnementale), pour de l’accession à la propriété. Et pour les projets sociaux, un ciblage sur des initiatives en concertation et en partenariat.

Quand je demande ce qu’il existe pour les jeunes, Monsieur Oudjani me répond qu’il n’y a rien d’important pour le moment car la municipalité “est en phase de réflexion”. Quant aux problèmes que pose l’accession à la propriété (augmentation des charges, taxe d’habitation à payer etc) pour les foyers à petit budgets, ils ne semblent pas se poser ici, et on me répond que les familles seront bien accompagnées, qu’elles ont l’habitude de demander des aides à la mairie…Je reste sceptique, me disant qu’une fois de plus, les familles les plus modestes vont trinquer, et ne pas avoir accès à ces fameux logements HQE qui seront forcément plus chers.

Par contre, je me rends compte que même dans ce service de la mairie, on se plaint des demandes de subventions hallucinantes qu’il faut éplucher en temps et en heures pour “le ministère”. Mais ni la base ni l’échelon municipal n’ont apparemment le pouvoir de changer cela…on se demande bien qui, alors!

je termine par le club ACE que Valérie et ses collègues ont crée sur le quartier. La grande résidence a été construite sans église, et la plupart des enfants, hormis ceux issus de l’immigration, n’ont aucune référence religieuse. Lors de la fête des jeux organisés par l’ACE l’an passé sur le quartier, les enfants devaient choisir dans un stand le lieu de culte qui leur semblait le plus attractif. La grande majorité d’entre eux a choisi la mosquée, sans doute plus souvent évoquée dans les médias et leur environnement.

L’Action Catholique des Enfants va dans la mouvance de la pastorale en monde populaire. Il s’agit d’un club de jeux ouvert à tous, pour des enfants de 5 à 13 ans. Après avoir l’an passé “osé rêver leur quartier”, ils ont pu cette année planter des fleurs à la Grande Résidence, ce qui était leur principal désir.

L’une des joies de Valérie a été de voir ces enfants pris en considération par le bailleur et la mairie suite à une lettre qu’ils avaient rédigée ensemble pour protester contre l’arrachage brutal de leurs dessins. En outre, ils sont toujours contents des sorties proposées, toujours partants pour quitter un moment leur quartier (même si c’est pour faire 1 km).

L’un d’entre eux a ainsi pu faire son premier trajet en voiture à 7 ans!

( en photo: Valérie et les jeunes animatrices du club ACE de cet été)

30/07/2008

3 Réponses pour “la Grande Résidence”

  1. Redigé par Luc Bartramie:

    Avec vous, en vous lisant, j’ai fait le voyage, j’ai passé un moment dans ce quartier, c’est à la fois précis et émouvant, documenté donc, mais aussi très beau comme un contact humain avec les personnes. Bravo!

  2. Redigé par raf:

    Extra cet article, il y a du boulot et c’est très complet.
    Bon courage

  3. Redigé par JP:

    C’est vrai ça, t’as bossé dis donc ! ;-)
    Plus sérieusement c’est vraiment très bien, continue !
    Pour moi, demain les vacances…
    A bientôt

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