Archive pour le juillet 22nd, 2008

Vous avez dit “insertion”?

Mardi, juillet 22nd, 2008

De manière inattendue, l’insertion sous toutes ses formes a fait l’objet de pas mal d’étapes de mon parcours jusqu’ici. J’en ai eu un avant goût à Cergy, avec Césame (je vous renvoie à mes posts depuis Cergy). Puis il y a eu Toulouse, Bordeaux et Lens…

Se familiariser avec l’IAE, autrement dit l’Insertion par l’Activité Economique est plus que laborieux car il existe toute une palette de structures destinées à rapprocher de l’emploi en entreprise classique des personnes qui en sont éloignées. Les principales raisons sont les problèmes de santé, le manque de qualification et l’absence de maîtrise orale ou écrite du français. Essayons d’y voir plus clair:

1) Toulouse : régie de quartier

Savez- vous ce qu’est une régie de quartier? Moi, avant de venir à Toulouse, je n’en avais pas la moindre idée ! Il s’agit d’une association dont les missions principales sont l’entretien des espaces verts, des rues et des bâtiments d’un quartier. Elle permet d’employer des habitants qui n’ont pas de qualification et souvent peu d’expérience du monde du travail, de recréer du lien social tout en améliorant le cadre de vie.

A Toulouse, la régie de quartier de Bagatelle va plus loin puisqu’elle est une entreprise d’insertion. Comme une entreprise classique, elle répond à des commandes de la ville ou des bailleurs pour lesquels ses salariés effectuent des travaux de nettoyage, de peinture etc. Elle leur propose parallèlement un accompagnement vers l’emploi en finançant par exemple une formation, des cours de français ou encore le permis de conduire. Elle ne peut embaucher plus de deux ans sur ce type de contrats d’insertion. Près de 40 personnes travaillent ainsi à la régie de quartier de Bagatelle qui a le projet d’ouvrir un bar associatif à l’automne.

Malgré les difficultés liées au public salarié souvent en grande précarité, beaucoup s’en sortent grâce au tremplin que leur offre cette association.

Il ne faut pas oublier que la sélection pour entrer ou rester dans une entreprise d’insertion est assez rude et qu’en période de chômage, c’est souvent « le haut du panier » des demandeurs d’emploi qui est pris. Et ce, parce qu’une entreprise (même d’insertion) doit être performante et honorer ses commandes. Mais aussi parce que les structures d’insertion doivent rendre des comptes très précis sur l’accompagnement et l’insertion à venir de leurs employés.

2) Bordeaux : L’Atelier du Grand Port.

Là non plus, je n’avais aucune idée de ce que pouvait être un atelier de pré qualification tel l’Atelier du Grand Port. Il s’agit en fait d’une structure qui doit redonner aux personnes qu’elle accueille les compétences, la confiance et la motivation pour entamer dans un second temps une formation qualifiante. Ici, la plupart des apprentis sont des jeunes sans qualification ou des personnes en reconversion, envoyés par la Mission Locale et l’ANPE pour acquérir des techniques porteuses sur le marché de l’emploi.

C’est avec passion et pédagogie que Michel et l’équipe de l’Atelier vont faire le pari de former en quelques mois ces jeunes aux techniques de soudure, de tournage fraisage, avec à la clé une qualification possible, dans une autre structure, en métallurgie traditionnelle ou en aéronautique.

Le fait est que beaucoup de ceux qui passent par ici sont embauchés à la suite de leur premier stage, alors même qu’ils n’ont pas fait de formation qualifiante ! Contrairement à l’enseignement professionnel classique, l’Atelier du Grand Port insiste beaucoup sur le goût du travail bien fait : les pièces réalisées ne sont pas jetées mais deviennent des oeuvres d’art ou des pièces utiles pour eux-mêmes et leur famille. Les élèves se sentent ainsi valorisés dans leur travail et sont d’emblée responsabilisés.


Les formateurs, tels Michel qui a travaillé toute sa carrière chez Ford, insistent beaucoup sur l’apprentissage des techniques. Les cours             « théoriques » ne sont dispensés que s’ils peuvent aider à la pratique. Ils tiennent aussi beaucoup à la dimension artistique du maniement des métaux : les élèves créent des objets de la vie courante (panneaux, barbecues..) de petites œuvres d’art et même les décors d’une pièce de théâtre qu’ils ont joué. Bref, le travail de la matière et la création redonnent à ces jeunes dignité et confiance en eux, ce qui est aussi indispensable que la formation technique.

Cet atelier de pré qualification est assez unique en France. Il est complémentaire des écoles de production, présentes dans plusieurs villes de France. Celles-ci ont le même esprit : créer utile en répondant à cette fois-ci à des commandes réelles, formation par des professionnels, apprentissage à l’atelier des règles de l’entreprise (ponctualité, travail bien fait, politesse..). Mais elles prennent des personnes plus jeunes (dès 15 ans) et visent à l’obtention d’un diplôme. Je ne peux que vous renvoyer au site Internet des écoles de productions, dont certaines sont membres du réseau ignacien: http://www.jesuites.com/missions/foi_et_justice/ecoleprod.htm

Si l’on pense que ces formes alternatives à l’Education Nationale ne sont pas reconnues alors qu’elles permettent à des jeunes difficiles, qui ont échoué dans tous les circuits classiques, de s’en sortir, on peut se poser des questions sur la volonté réelle du gouvernement à sortir les gens de la misère et de la délinquance !

3) Lens : groupe ARDENSE

(ci dessous: Jean-Luc, salarié d’ARDENSE et conseiller municipal de Carvin, et son épouse)

Enfin, nous en venons au groupe associatif ARDENSE de Lens, crée par des chômeurs qui se sont regroupés en association militante (Association pour le Droit au Travail) et ont voulu créer des emplois. Alors là, vous êtes servis, car ARDENSE regroupe presque toutes les formes de structures d’insertion possibles : atelier chantier d’insertion RECUP’TRI qui collecte le verre à domicile ; association intermédiaire RELAIS TRAVAIL qui met à disposition du personnel pour des petits travaux chez des particuliers ; entreprise d’insertion MAIN FORTE qui fait du transport routier et ETEL qui fait de l’ébarbage (finition des pièces en fonte). Et même une entreprise classique de tri postal, EQUIPACT, sans oublier une structure d’aide à la création d’emploi, GERMES d’ACTIVITES, qui accompagne les micro entreprises. Près de 300 personnes ont ainsi pu être accompagnées vers l’emploi par le point accueil de l’association, embauchées selon leurs capacités par les différentes structures du groupe ou par des partenaires.

Le problème, comme le dit l’assistante sociale Amélie, est que ce parcours d’insertion débouche finalement rarement sur un emploi classique car le bassin de l’emploi est sinistré. En outre, les gens accueillis sont très sédentaires et n’ont souvent pas de voiture. Aller à Arras pour se former ou faire 30 min de transport pour un travail est impensable pour beaucoup. Il est vrai que la mentalité minière est encore forte. A l’époque, le travail était en bas de chez soi de même que tous les services. Il est difficile de faire évoluer les mentalités !

Beaucoup de ces structures bénéficient du FSE, Fond Social Européen. Le problème est que l’obtention de ces fonds nécessite de rendre des comptes de plus en plus drastiques (il faut par exemple garder ses agendas des années précédentes pour prouver le travail fait et noter le temps exact, à la minute près, d’un entretien ou d’un coup de téléphone !). Les petites structures ne sont pas en capacité de monter de tels dossiers, qui requièrent d’embaucher quelqu’un exclusivement pour les demandes et compte rendus de subventions.

D’autre part, c’est un travail de longue haleine de réinsérer quelqu’un, et cela dépend aussi de l’emploi possible à la sortie. Les demandes de résultats ne prennent pas en compte cette réalité. Il faut ainsi près de 8 ans pour insérer durablement un jeune en rupture scolaire qui a pu souffrir de carences affectives et d’un milieu défavorisé. Pour ce faire, il faut des personnes engagées, passionnées, qui motivent et transmettent le goût de leur travail et de la valeur travail. Il faut aussi continuer à subventionner sur des structures qui accueillent même le fond du panier, et pas seulement des personnes « proches de l’emploi ».

Georges Jousse (en photo avec son épouse), ancien coordinateur du réseau des écoles de production que j’ai eu la chance de rencontrer à Bordeaux, insiste beaucoup sur la responsabilité éducative des adultes envers les jeunes et plus largement de la société envers ses demandeurs d’emploi. Un exemple tout bête à Lens : l’association pour le droit au travail a dû se battre âprement pour que la mairie accepte de maintenir le ramassage du verre à domicile au lieu de mettre des containers ! Or, que ce soit le ramassage des poubelles ou toutes sortes de travaux qui peuvent être réalisés par des personnes non qualifiées, il est de la responsabilité des élus et des citoyens de se battre pour maintenir ce type d’emplois. Car le chômage a, lui aussi, un coût !