Archive pour le juillet 13th, 2008

“c’est injuste de grandir ici!”

Dimanche, juillet 13th, 2008

Bonjour à tous, amis connus ou inconnus qui parcourez ce blog!

La suite de mes pérégrinations me conduit dans la ville rose, et dans ses banlieues où la vie quotidienne revêt parfois une teinte un peu plus sombre… 

 Mon emploi du temps de ces deux derniers jours au Mirail *, quartier ouest de Toulouse, a été très chargé, car j’ en ai profité pour rencontrer des acteurs associatifs et sociaux avant la fermeture de leurs locaux pour ce long week-end du 14 juillet.

Au programme du jeudi : une matinée à TO7 , association qui accueille largement les habitants du quartier de Reynerie*, la rencontre de deux assistants sociaux à Bellefontaine*, suivie de celle de deux prêtres du secteur engagés dans la pastorale des migrants. Sans oublier une réunion de concertation “Grand Projet de Ville” consacrée aux changements en cours et à venir pour améliorer l’environnement des banlieues, et enfin, une soirée chez les jésuites à Bagatelle*.

Et au menu du vendredi: visite des quartiers de Reynerie et Bellefontaine avec Odile, qui vit ici depuis 25 ans et a monté plusieurs projets associatifs dont Pour un sourire d’enfant qui propose du soutien à l’apprentissage de la lecture, à domicile; rencontre de l’association l’Ecole et nous montée par des femmes du quartier pour faire du lien entre le corps enseignant et les parents d’élèves par le biais de rencontres informelles et de débats. Petit temps avec l’ASVEC, Association Sport Vie Education Culture qui organise tout au long de l’année des sorties culturelles et sportives à but éducatif; enfin, visite de la régie de quartier de Bagatelle qui est aussi une entreprise d’insertion.

Il me faut bien maintenant un long week-end pour digérer tout cela!

* Vous avez dit Mirail, Bagatelle, Reynerie…???

Un petit éclaircissement sur l’histoire de ce très grand quartier s’impose. Je cite des extraits d’un article très bien fait, paru sur le site de l’association TO7:

“Au début des années 60, Toulouse s’asphyxie. Pour répondre aux besoins d’expansion de la ville, la municipalité lance un concours national d’urbanisme. Elle souhaite créer une ville, une cité satellite pouvant accueillir 100.000 personnes. Le terrain d’expansion choisi se situe à l’ouest de Toulouse sur 800 hectares de verdure.

Le concours est gagné en 1962 par un groupe d’architectes : S. Woods, P. Dony, A. Josic et G. Candilis, élève de Le Corbusier et architecte en chef du projet. Le terrain étant assez éloigné du centre, leur projet de base était de créer une ville a part entière composée de commerces, de bureaux et d’habitations. La ville devait se suffire à elle même et avait pour originalité de séparer les piétons des voitures en privilégiant la rue dans sa fonction de lieu de rencontre et d’échange pour les habitants. Deux niveaux de circulation sont mis en avant : un niveau souterrain pour les voitures , et un aérien pour les piétons. Par le biais de Dalle (rue aérienne) et de coursives, il était rendu possible de circuler d’un immeuble à l’autre, d’un quartier à l’autre, du nord au sud sans toucher terre.”

le Mirail est donc le nom générique qui regroupe plusieurs sous-quartiers tels Reynerie, la Faourette ou encore Bagatelle.

 Qu’en est-il aujourd’hui de cette utopie architecturale?

Force est de constater que vivre dans cette première ville nouvelle de France n’est plus un privilège.  

“C’est injuste de grandir ici” soulignent les assistants sociaux: passages incessants et bruyants des avions au dessus des barres à Bagatelle, ascenseurs dans plusieurs logements qui ne desservent que les 5eme et 9eme étages (!!), bâtiments bétonnés, murs taggés, coursives bloquées….

Au-delà des hérésies architecturales, l’idée des concepteurs était que toutes les activités sociales devaient être à proximité des logements. Mais cela conduit encore aujourd’hui beaucoup de jeunes du quartier à ne jamais sortir d’un périmètre de quelques centaines de mètres carrés que constitue le triangle maison, école, centre de loisir…

Bref, un ensemble de quartiers à la réputation déplorable,  ce qui ne favorise pas une mixité sociale en panne, et une conception initiale des lieux qui maintient la “ghettoïsation”. (ci dessous: quelques pierres peintes pour embellir un environnement vraiment pas terrible, à Bagatelle)

Et pourtant, avec les infrastructures en place (centres culturels, piscines…) , le Grand Projet de Ville, et la proximité géographique du centre ville, c’est un lieu qui a du potentiel! Encore faurait-il que ce Grand Projet de Ville n’investisse pas que dans de nouveaux bâtiments, mais aussi dans les écoles et l’environnement global des quartiers. La réunion à laquelle j’ai participé montre qu’il reste du chemin à faire!

La vie comme elle va

Qu’en est-il des relations humaines au Mirail?

 Je me permets encore une fois de citer le témoignage des Xavières, communauté religieuse qui m’héberge:

“Habiter dans ces quartiers donne une perception particulière de la situation, qu’il est difficile de communiquer à ceux qui n’y vivent pas. Ici, des milliers de personnes dignes et aimables savent trouver au quotidien les gestes et les paroles qui rendent la vie possible et humaine. Ici, se vit un mélange étonnant de cultures et de religions : c’est extraordinaire que la vie quotidienne y soit aussi paisible malgré la galère que beaucoup vivent.

Pour durer ici, il faut faire le choix délibéré d’aimer le quartier, de s’ouvrir à la différence. Comme le dit Odette, notre voisine : « Ici, on est acculé à cette ouverture : cela permet de passer par-dessus ce qui ne plaît pas et de recevoir toute la richesse de ce mélange de population… Ici, on se salue beaucoup, il y a de la fraternité. je suis touchée par la gentillesse des gens ». “

Effectivement, malgré un environnement très défavorisé, qui prend parfois des allures de cité en ruines à cause des travaux et des bâtiments en passe d’être détruits, la vie bouillonne ici!

A TO7 par exemple, les habitants vont et viennent, lisent le journal en buvant un café, passent des coups de téléphone, donnent ou prennent des vêtements, participent à des déjeuners débats….et tout le monde est le bienvenu.  

Cette sorte de vitrine du quartier, où viennent autant hommes que femmes de toutes cultures, m’a permis de rencontrer un retraité d’origine marocaine, Chakir. Arrivé en France en 1966 pour des besoins de main-d’oeuvre, il a travaillé chez SIMCA pour 3frs 40 de l’heure. A l’époque, les ouvriers étaient obligés d’appartenir au même syndicat que leur patron, et de payer le timbre syndical. Autant dire que mai 68 et le passage de Chakir chez Renault a été pour lui un soulagement, qui ne l’a pas empêché d’être ouvrier toute sa vie et d’exercer mille métiers: “jockey” à Flins (c’est-à-dire testeur de voitures neuves) , cariste à Poissy, ouvrier BTP à Tarbes, débardeur à Saint Godens….

 Un témoignage qui m’a fait prendre conscience du parcours de cet immigré et de sa famille, loin des préjugés qui consistent à croire que “les immigrés viennent ici pour les allocations”. 

L’équipe d’accueil de TO7 soutient avec punch l’originalité de cette structure  initiée par l’Eglise Réformée de France, accompagnant aussi les personnes vers l’emploi, sans oublier l’édition d’un journal et leur site internet très complet sur la vie du quartier.

 J’aurais bien d’autres choses à dire, mais la suite pour très bientôt!